Design, un débat éternel…

S’il est bien un débat qui agite à longueur de temps les designers, c’est bien celui de la place de ce métier, de cette discipline dans le champ de bataille de l’économie. Telle la question de l’inné ou de l’acquis, chaque designer se pose régulièrement la question de savoir si son travail est ou non intéressant pour la société.

Le questionnement est utile car le design est à juste titre une activité qui se doit d’avoir du sens pour autrui comme pour son propre créateur, mais face à un monde changeant et en plein bouleversement, a-t-il encore une place ?

2 articles, issus de personnalités importantes du design en France viennent s’opposer sur la scène de ce grand débat.

L’un « Entrepreneurs, il est temps de redécouvrir le design ! » tente de redéfinir ce métier au delà de ce que les médias veulent bien nous en faire voir. Pour Alain Cadix et l’International Council of Societies of Industrial Design, de design (industriel/produit) doit être « le principal levier d’humanisation innovante des technologies ». Autant dire notre avenir, rien moins…

L’autre « Le design est passé de mode » y voit déjà sa fin car submergé par le marketing, le design ne serait plus qu’un faire valoir, un joli packaging pour un monde manufacturé. Alain Boutigny se désole de voir le designer comme un simple ouvrier qui n’aurait vraisemblablement que la révolution prolétaire comme seule issue…

J’ai personnellement une plus grande attirance pour l’argumentation du premier, car au delà d’une orientation plus optimiste, je crois qu’elle correspond plus à la direction que prend la société toute entière, et par conséquent nos métiers : se consacrer à l’homme, être « user oriented/centric ».

Si je mettais ma modestie de côté, j’irais presque à dire que Didier Lombard abonde dans mon sens dans son dernier livre « Le village numérique mondial : La deuxième vie des réseaux » (éditions Odile Jacob) où tout son argumentaire sur sa vision de l’avenir porte sur l’attention à porter aux utilisateurs, plus qu’aux technologies :

« L’appropriation par les utilisateurs de ces technologies (l’apparition du numérique, la constitution de l’Internet et l’émergence de la téléphonie mobile), aidée par les mouvements de convergence, de simplification et même de design, est alors parvenue à un point où les réseaux physiques se sont effacés – en apparence seulement – au profit des réseaux humains. De l’espace des technologies, les utilisateurs se sont véritablement transportés dans l’espace des usages, dont ils jouissent chaque jour un peu plus et imaginent avec empressement l’avenir. »

A chacun d’entre nous « designers » d’apporter sa pierre à l’édifice, de construire et croire en son propre paradigme d’un design pour demain, que nous ébauchons dès aujourd’hui…

2 commentaires pour “Design, un débat éternel…”

  1. Clement dit :

    Bonjour,

    Je suis tout à fait d’accord avec vous sur votre positionnement vis-à-vis de ces deux articles. Alain Cadix propose une vision éclairée et constate avec justesse le fossé qui sépare l’activité du designer et sa représentation dans les médias, réduite au luxe, à la déco, au mobilier et aux paillettes.
    J’irai un peu plus loin en affirmant qu’à la base le design n’est pas vu dans les médias, et en conséquence par « monsieur tout-le-monde », comme une activité mais comme un qualificatif/superlatif : un objet est « design » ce qui signifie « beau, tendance, d’Ikea, fonctionnel, etc. » Ceci-dit, dire qu’un objet est design est peut-être un pléonasme, non?

    A ce sujet, la définition du design dans le Robert est assez affligeante vue qu’elle est synonyme de stylisme…

    Ce qui rejoint le propos d’Alain Boutigny. Il représente bien certains discours alarmistes (comme Starck récement aussi) qui voit la fin du design…
    Mais on peut être rassuré en le lisant, il semble confondre design et stylisme vue que pour lui le design se réduit à la « nécessaire enveloppe des objets et des idées »

    Cordialement

  2. Avidedesigner.com dit :

    Bravo à Alain Cadix pour essayer de faire évoluer les mentalités.
    Car effectivement c’est un combat de tous les jours dans notre métier…